Vanessa, pouvez-vous revenir sur la genèse de Rando La Vaness : à quel moment vous êtes-vous dit que vous pouviez faire de votre pratique de la montagne dans les Vosges un véritable projet d’entreprise locale, et qu’est-ce qui vous a décidée à vous lancer ?
Je suis passionnée de montagne et particulièrement de mon territoire, de mes forêts sauvages, j aime également profondément le rapport humain , c était l' équation parfaite. J' ai commencé en métier complémentaire en libérale à mi temps puis j' ai grandit petit à petit. Mes gîtes et les massages sont venus compléter mon offre quand j' ai décidé d' arrêter ma partie salariée à mi temps.
Quand on parle « d’entreprendre dans la randonnée » à l’échelle d’un territoire comme la vallée de la Meurthe, qu’est-ce que cela signifie très concrètement pour vous : comment se construit un modèle économique viable avec des formats aussi variés que le trail, le bivouac en hamac, la marche nordique ou les bains de forêt ?
Au départ tout était à créer il y a 15 ans, j' étais là seule accompagnatrice sur le bassin de saint die des Vosges et ses vallées adjacentes et le tourisme vert débutait seulement, c' était facile car les office de tourisme communaux à l époque était demandeurs et en même temps difficile car je n étais pas forcément prise au sérieux. Pour la diversité de mes propositions elles sont venues au fur et à mesure selon mes envies , la demande de la clientèle et j ai la chance d être un peu visionnaire et de ressentir ce qui va plaire au grand public. Je n ai pas peur non plus de me tromper, j ai essayé plusieurs autres idées comme des sorties spéciales célibataires , des randos "gastro" qui n ont pas forcément fonctionné mais il faut tester et voir ce qui plaît au grand public au moment là et ne pas hésiter à se réinventer. Ça reste tout de même assez difficile d' en vivre complètement, et ça demande une très grosse énergie et beaucoup de temps.
Vous avez développé une offre très singulière, entre immunisation au froid, sylvothérapie et cuisine sauvage : comment avez-vous trouvé cet équilibre entre innovation, sécurité des publics et respect des réglementations locales, et en quoi cette spécialisation vous aide-t-elle à vous démarquer dans un secteur outdoor de plus en plus concurrentiel ?
Je vais où mes envies, mon ressenti me guide . Quand on transmet avec passion parce qu' on vibre pour ce que l' on fait, en général ça fonctionne. La sécurité chez les accompagnateurs en montagne est toujours au centre du métier, pour cela je me suis formée dans chaque spécialité que je propose , notamment des diplômes universitaires reconnus afin de proposer des prestations de qualité et en toute sécurité justement. En ce qui concerne les réglementations locales , je suis également engagée dans ce domaine et travaille en lien étroit avec le parc régional des Ballons, je fais partie du dispositif "mission quiétude attitude" où nous allons à la rencontre du grand public sous l' égide du parc pour encourager les usagers de notre massif à avoir la bonne posture et les bonnes pratiques en montagne dans le respect de la faune et la Flore, et des espaces sensibles. Mes spécialités, je ne le fais pas pour me démarquer volontairement mais par envie tout simplement. La concurrence est parfois rude et souvent déloyale face à des associations, des personnes non diplômées ou encore diplômées mais allant au delà de leur prérogatives mais cela est un autre débat qui ne nous reviens pas mais qui devrait devenir important en terme de surveillance par les services concernés pour la sécurité des clients.
Votre engagement pour l’accessibilité est fort : activités adaptées aux handicaps physiques, mentaux et sociaux. Quels ont été les plus grands défis pour rendre la randonnée réellement inclusive (logistiques, financiers, institutionnels), et comment cette dimension sociale s’intègre-t-elle dans la pérennité de votre activité d’entrepreneure ?
Mon engagement vient de mon premier métier dans l accompagnement quotidien du handicap (je suis aide médico psychologique de formation initiale et j' y ai travaillée pendant 24 ans) , c est donc tout naturellement que J ai fais mes stages d' accompagnatrice en montagne au refuge du sotré avec Jean Marie haton très engagé dans l accessibilité des personnes handicapées en montagne. Nous avons la chance d avoir du matériel à disposition par le biais de notre syndicat local professionnel : Joelette, fauteuil ski, etc. Je laisse les personnes et les centres me contacter et étudie chaque demande afin de réaliser des projets qui leur tiennent à cœur.
Vous êtes à la fois ancrée localement (ambassadrice du Parc des Ballons des Vosges, réseau d’observation des carnivores sauvages) et tournée vers des pratiques très actuelles comme le trail ou le trekking léger. Comment articulez-vous cette double exigence : valoriser le territoire, préserver la faune et la flore, tout en proposant une expérience forte qui parle à des publics variés (locaux, touristes, sportifs) ?
Il suffit de respecter les recommandations. Rester sur les sentiers, éviter les activités nocturnes ou en respectant un maximum la quiétude. Le trail n est en rien une activité contre nature , on se déplace sans bruit (pas plus qu en marchant) . Pour cela je réduis également la taille de mes groupes 12 personnes en randonnée classique, 10 personnes pour la pratique de la raquette, 8 personnes pour le trail, la sylvotherapie....valoriser le territoire est facile, notre massif et sa nature est tellement belle qu elle émerveille seule par sa variété de paysages et d' ambiance.
Avec plus de 12 ans de pratique dans le massif vosgien, quelles évolutions voyez-vous poindre pour les petites entreprises de randonnée et d’activités outdoor locales : transformation de la demande, impact du changement climatique sur la montagne, nouvelles attentes des pratiquants, et comment imaginez-vous adapter Rando La Vaness dans les prochaines années ?
Ça risque de devenir plus compliqué avec les applications, les moyens informatiques mais en même temps pour l instant les humains ont besoin de contact et de relations humaines et c'est ce qu on apporte au delà de guider en toute sécurité. Peut être notre métier évoluera vers plus de formation du grand public en montagne, c est difficile à dire. De mon côté je commence à appréhender ma fin de carrière avec des activités plus douces (mes gîtes, les cours de pilates, le coaching, les massages) afin de me préserver physiquement car notre métier est assez usant physiquement. L idée n est bien sûr pas d arrêter mais d évoluer vers du moins sportif physiquement. Travailler également en collaboration avec mes collègues sur le même bassin pour les séminaires d' entreprises. Être plusieurs est une force plutôt qu une concurrence, j' aime le voir de cette façon.
Pour conclure, que diriez-vous à quelqu’un qui rêve de créer une activité outdoor locale, comme vous l’avez fait dans les Vosges, mais qui n’ose pas franchir le pas : quelles seraient, selon vous, les trois priorités à avoir en tête pour construire un projet à la fois respectueux du territoire, accessible au plus grand nombre et économiquement soutenable ?
Qu' il va lui falloir énormément d' énergie mais que c' est réalisable bien sûr. Cependant économiquement ça peut être compliqué d en vivre mais on 'e peut jamais savoir à l' avance, il se peut qu un type de produit plaise d' un coup énormément au grand public et que l activité prenne d' un coup beaucoup d' ampleur, c est assez difficile d' appréhender ce qui va marcher ou non et il faut être très présent et reconnu sur les réseaux sociaux. Parfois des blogeurs/ instagrameurs sont plus suivis que les professionnels car ils sont très liké , la communication est devenue aujourd'hui presque aussi essentielles que notre métier sur le terrain.
Pour en savoir plus : https://rando-la-vaness.fr