Week-ends en Alsace

Interview de Jérôme PIERRE - ALSASMARTOURS : Le tourisme expérientiel en Alsace et l’art de créer des itinéraires sur mesure

Jérôme, vous avez sillonné l’Alsace pendant des années en tant que cycliste avant de la faire découvrir en tant que fondateur d’ALSASMARTOURS : comment ce vécu intime du territoire a façonné votre vision du tourisme expérientiel et des visites sur...

9 juillet 2026 10 min de lecture
Interview de Jérôme PIERRE - ALSASMARTOURS : Le tourisme expérientiel en Alsace et l’art de créer des itinéraires sur mesure

Jérôme, vous avez sillonné l’Alsace pendant des années en tant que cycliste avant de la faire découvrir en tant que fondateur d’ALSASMARTOURS : comment ce vécu intime du territoire a façonné votre vision du tourisme expérientiel et des visites sur mesure ?

C'est la connaissance intîme des petites routes et sentiers alsaciens qui me permet aujourd'hui de faire découvrir à nos clients l'Alsace telle que je la connais et la vis depuis plus 45 ans environ. Mon désir est aujourd'hui de proposer à nos clients de voir l'Alsace que je connais. Sortir des sentiers battus et fuir le sur-tourisme qui est malheureusement aujourd'hui bien réel à certains moments de l'année ou dans certains lieux très touristiques. L'Alsace est uen petite région, densément peuplée et regorge de merveilles. Bien entendu, nous sommes à l'écoute de nos clients et sommes également à même de proposer les "images d'Epinal" et les sites incontournables de l'Alsace. L'objectif est de proposer ceci tout en allant explorer un peu plus en profondeur en s'éloignant un peu de certains clichés.

Concrètement, lorsqu’un client vous contacte pour un séjour ou une excursion en Alsace, comment se déroule la « fabrique » d’un circuit 100 % personnalisé chez ALSASMARTOURS, depuis la première prise de brief jusqu’à l’expérience finale sur le terrain ?

Tout est monté sur mesure. C'est à dire que le client va exprimer son besoin (allant d'un séjour très simple de 2 ou 3 nuits au même endroit avec l'une ou l'autre visite par exemple, jusqu'à la création d'un itinéraire complet à vélo électrique avec guides, transport des bagages, visites guidées, dégustations, hébergement, assistance et repas). A partir de ce besoin, nous prenons contact avec les prestataires hôteliers, restaurateurs, guides conférenciers ou encore vignerons (en biodynamie ou bio a minima) de notre réseau qui s'est bâti au fil des années. La proposition est ainsi envoyée à nos clients et est 100% modifiable, que ce soit pour la gestion du budget ou des envies des clients. Nous avons un réel rôle de conseil. Que celui ci soit porté auprès des clients en direct ou des agences françaises ou étrangères qui ont en tête des itinéraires qui ne sont pas toujours réalisables, ou encore pas très logiques dans leur conception originale. Nous nous voulons être force de proposition afin de permettre à nos clients finaux, visiteurs de notre territoire, d'en faire l'exprience la plus complète et la plus personnelle. Nous ne nous interdisons rien dans la conception de nos expériences touristiques.

Vous défendez un tourisme « anti-masse » avec des partenaires engagés pour l’environnement et la biodiversité : pouvez-vous nous décrire un ou deux exemples de visites où cette philosophie change vraiment la manière de découvrir les vignobles, les villages ou le patrimoine alsacien ?

En effet, nous cherchons à éviter les lieux à trop forte densité touristique et à proposer des produits locaux et bio ou en biodynamie uniquement. Le phénomène de masse est naturellement inévitable lorsqu'un client nous demande un séjour pendant les marchés de Noël. Je pense que certaines périodes et certains endroits lros de ces périodes posent un réel problème. A la fois vis à vis des habitants mais également vis à vis de l'éxpérience proposée aux touristes et au souvenir qu'ils vont en garder à terme. J'ai parfois l'impression que l'on affiche lutter contre le sur tourisme sans vraiment d'en donner la peine (ce n'est pas par exemple en rendant les parkings payants pour les bus en période de très haute saison qu'on diminue le sur tourisme, on fait simplement rentrer de l'argent en plus). En termes d'exemple de visite, nous proposons des circuits "wine tour" lors desquels seules des caves travaillant dans le respect de notre patrimoine naturel sont visités. L'objectif est de sensibiliser nos clients à des produits sains, pour eux mais également pour nous et nos enfants, à terme. Lors de dégustations, certains vignerons proposent également un accompagnement "solide" composé de formages, charcuterie, pains locaux et produits en agriculture biologique. C'est important pour nous de pouvoir proposer ceci. Il y a encore beaucoup d'efforts à fournir. Difficile aujourd'hui par exemple de proposer ces journées avec chauffeur en van électrique, les premiers arrivents euleemnt sur la marché, ayant à la fois l'espace et l'autonomie suffisante. Un investissement que nous imaginons faire dès que possible. Ensuite, comme réalisé en juin avec un groupe de 17 personnes, visiter l'Alsace peut se faire à Vélo. Nous avons proposé un itinéraire de 9 jours et 8 nuits entre Mulhouse et Strasbourg. Mulhouse est aujourd'hui une ville qui est largement "sous estimée" du public touristique et qui mérite d'être connue à plus d'un titre. Le vélo est un moyen de déplacement doux, seuls les bagages sont acheminés d'hôtel en hôtel. Les restaurants sur la route peuvent par exemple être choisis dans des villages moins massivement fréquentés qui sont traversés par l'itinéraire. Il y a encore tellement de choses à faire, qui demandent de l'investissement financier, humain et des volontés politiques.

Votre clientèle est très internationale, notamment nord-américaine et anglophone : quelles sont les attentes spécifiques de ces voyageurs en matière de tourisme expérientiel, et en quoi votre approche diffère-t-elle d’une clientèle plus locale ou européenne ?

Nos clients anglophones souhaitente des expériences privatives. Ils veulent aujourd'hui à la fois voir l'Alsace qu'on leur a présenté en photos, bien sûr, mais sont avides d'éviter les foules, de rencontrer les personnes qui oeuvrent sur le territoire ou encore de partager une journée complète avec moi. Nous pouvons parler de nos cultures respective, de notre histoire, la vie actuelle en Alsace. Nous avons régulièrement par exemple des personnes effectuant une croisière sur le Rhin mais qui refusent l'excursion de groupe dans un bus avec un guide au micro (attention, je ne critique pas ici ce mode de tourisme, mais constate que même les clients achetant ces produits touristiques commencent à s'éloigner les activités de groupe). Pour quasiment le même tarif s'ils sont 2 couples par exemple, ils vont pouvoir monter leur journée totalement à la carte, déguster du vin produit en biodynamie dans un village totalement méconnu, être conduits sur des petites routes qua la pratique du cyclisme m'a permis de connaitre, ou encore échanger sur ma vie de famille en Alsace, nos fêtes, nos coutumes et habitudes. Il n'est pas rare que des clients américains aient un ailleul qui ait participé aux conflits mondiaux du 20è siècle. Ils veulent ainsi se rendre dans tel ou tel village, parcourir le sentier Audie Murphy par exemple, qui est très peu connu. Nous savons répondre parfaitement à ce genre de demandes.

Dans la pratique, où se situe la frontière entre « personnalisation » et « surenchère » d’activités ? Comment parvenez-vous à construire des expériences riches mais cohérentes, qui respectent à la fois le rythme du voyageur, l’authenticité des rencontres et les contraintes des acteurs locaux ?

A mon sens, personnalisation et surenchère d'activités ne peuvent pas être placés dans la même phrase, encore moins dans le même programme. Un programme personnalisé par nos soins, sera par nature cohérent. Parce que nous connaissons les temps de trajets selon les saisons, nous savons par exemple que tel ou tel vignerons qui annonce une dégustation commentée d'une heure va garder nos clients 1h45. De la même manière, nous travaillons avec quelques guides conférenciers pour les visites, avec qui nous validons tous nos programmes, à la fois qaulitativement, mais également en fonction du timing prévu. Nous remarquons également que les clients aiment avoir du temps libre. C'est lors de ces moments de "pause" dans le programme qu'ils vont, s'ils le souhaitent, se concentrer sur des activités plus traditionnelles par rapport à ce que nous imaginons du tourisme en Alsace (shopping, souvenirs, centre ville, par exemple).

En tant qu’Ambassadeur d’Alsace et membre de France DMC Alliance, comment voyez-vous évoluer le tourisme expérientiel dans la région dans les 5 à 10 prochaines années : quels sont, selon vous, les grands enjeux à venir (durabilité, mobilité douce, capacité d’accueil, montée en gamme, etc.) et comment vous y préparez-vous chez ALSASMARTOURS ?

Nous ne sommes plus depuis 2026, membre de France DMC Alliance. Nous avons aujourd'hui du mal à imaginer le tourisme aller en arrière en termes de volume, surtout lors des grandes périodes d'affluence. Nous avons cependant la chance d'avoir une saison relativement longue en regard de notre situation géographique, allant globalement d'avril à Octobre, avec en plus un mois de décembre très important pour le tourisme. Les enjeux à venir portent sur la limitation du sur tourisme, sans que je sois en capacité d'avoir une solution simple pour le faire. La capacité d'accueil est à mons sens suffisante aujourd'hui. L'enrichir pour subvenir à des besoins ponctuels n'est pas la solution. Aujourd'hui, de très importants moyens de communication sont mis en oeuvre pour valoriser le tourisme en Alsace. Je pense qu'au vu des chiffres de fréquentation de la région, nous pouvons peut être commencer par réorienter certains de ces budgets vers plus d'aides à la transition écologique pour les structures touristiques. L'Alsace, c'est mon avis, n'a pas besoin d'autant de communication pour faire venir les touristes. La durabilité, les mobilités douces sont naturellement au coeur du sujet. J'ai le sentiment que les acteurs touristiques y sont de plus en plus sensibles. A voir par exemple les hôtels être de plus en plus équipés pour l'accueil vélo (prises électriques, locaux etc…). Les acteurs qui travaillent sur le territoire sont au fait de ce qui s'y passe. Ecouter leurs besoins et leur expérience au niveau insititutionnel aidera l'Alsace à être encore meilleure pour les enjeux à venir. Car l'Alsace fait déjà beaucoup pour se préparer à l'avenir, nous ne pouvons pas dire le contraire. Mais il y a toujours à faire. Mettre les acteurs durables en avant, promouvoir le made in Alsace (le vrai), remettre également un peu d'Alsace au coeur de certaines de nos villes et villages aujourd'hui délaissés par les alsaciens car devenus trop touristiques. Réequilibrer les flux touristiques pour limiter la concentration de ceux ci au sein de 4 ou 5 sites comme c'est le cas actuellement. Beaucoup d'idées qui demandent des moyens…et du temps.

Pour terminer, quel conseil donneriez-vous à un voyageur qui souhaite découvrir l’Alsace autrement que par la carte postale — trois choses concrètes à faire ou à demander à son guide pour vivre une expérience vraiment singulière et mémorable ?

Aller faire un tour de vélo sur la vélo route du vignoble. En profiter pour déjeuner dans un restaurant au coeur d'un village où seuls les locaux vont déjeuner. Quitter les villes, villages et la foule pour aller faire une balade ou randonnée dans les hautes Vosges.

Pour en savoir plus : https://alsasmartours.com/