Choisir de visiter le Struthof en Alsace, un pas réfléchi
Visiter Struthof Alsace n’a rien d’une étape touristique ordinaire. Ce choix engage le voyageur dans une rencontre frontale avec un ancien camp de concentration nazi, le camp de Natzweiler, installé sur les hauteurs de la vallée de la Bruche. Avant même la visite du camp Struthof, il faut accepter que ce lieu de mémoire bouleverse et qu’il ne s’inscrive pas dans un enchaînement léger de curiosités régionales.
Le site se trouve sur la route départementale 130, au-dessus de Natzwiller et de Rothau, dans un paysage de forêts sombres et de crêtes vosgiennes. Cette route départementale sinueuse, que l’on emprunte depuis la gare de Rothau ou depuis les villages de la vallée de la Bruche, crée déjà une mise à distance avec le quotidien et prépare à l’entrée dans un ancien camp. Beaucoup de voyageurs qui souhaitent visiter Struthof Alsace arrivent depuis Strasbourg ou Colmar, parfois après un séjour gastronomique, et doivent accepter ce changement brutal de registre, du tourisme de plaisir à la confrontation avec la déportation.
Le Struthof, ou camp Natzweiler-Struthof, fut un camp de concentration Natzweiler destiné d’abord aux résistants européens, puis à des déportés venus de toute l’Europe occupée. Selon les données du Mémorial du Struthof et les travaux de l’historien Robert Steegmann, environ 52 000 déportés sont passés par ce camp de concentration, dont près de 22 000 morts, ce qui donne la mesure de ce que signifie réellement un camp de concentration. Visiter Struthof Alsace, c’est donc entrer dans un lieu de mémoire européen résolument tourné vers l’histoire des résistants déportés, et non dans un simple musée d’histoire militaire.
Se préparer intérieurement : lectures, cadre historique et attitude
Avant la visite guidée ou libre, la meilleure préparation consiste à lire un texte de Charlotte Delbo, ancienne déportée, ou de Robert Antelme, qui donnent chair à la figure du résistant déporté. Ces voix de déportés et de résistants européens replacent le centre européen de la mémoire du camp Natzweiler dans une histoire incarnée, loin des chiffres abstraits. Pour un senior amateur de patrimoine qui vient visiter Struthof Alsace, ces lectures transforment la visite en dialogue silencieux avec celles et ceux qui ont traversé ce camp de concentration Natzweiler.
Dans « Aucun de nous ne reviendra », Charlotte Delbo écrit par exemple : « Nous ne sommes pas des chiffres, nous sommes des visages. » Relire cette phrase en arrivant au Mémorial du Struthof aide à ne pas réduire les déportés à des statistiques. On peut aussi garder en tête le témoignage de Boris Pahor dans « Pèlerin parmi les ombres », où l’écrivain slovène décrit la pente abrupte, la boue, les appels interminables dans le froid. Le Mémorial du Struthof, gestionnaire du site, rappelle que l’on vient ici pour une visite de recueillement, et non pour un tourisme de curiosité ; il convient donc d’adopter une attitude sobre, de limiter les photos, surtout à l’entrée de l’ancien camp. À l’arrivée, mieux vaut ranger la carte routière et le smartphone, marcher quelques minutes en silence, regarder la pente, les barbelés, les miradors, et laisser monter les premières questions.
Cette mise en condition vaut pour les visiteurs individuels, pour les groupes d’adultes comme pour les groupes scolaires, qui doivent être préparés en amont par des enseignants ou des accompagnateurs formés. Les équipes du centre européen du résistant déporté proposent des dossiers pédagogiques et des documents pour encadrer la visite des scolaires et des groupes, avec des ateliers pédagogiques adaptés à chaque niveau. Ces ressources pédagogiques, complétées par des expositions permanentes et temporaires, permettent de comprendre comment ce camp de concentration est devenu un lieu de mémoire nationale et européenne. Avant de visiter Struthof Alsace, il est utile de consulter ces supports, de vérifier les horaires d’ouverture et de fermeture actualisés, de prendre connaissance des tarifs en vigueur et de réserver une visite guidée si l’on souhaite un accompagnement plus structuré.
Le parcours sur place : centre européen, ancien camp et exposition
La plupart des voyageurs commencent par le centre européen du résistant déporté, bâtiment contemporain qui domine l’ancien camp Struthof. Ce centre européen propose une grande exposition historique sur la déportation, le système concentrationnaire nazi et les résistants déportés de toute l’Europe, avec des panneaux clairs, des cartes, des témoignages et des dispositifs interactifs. On y trouve aussi des outils pédagogiques, des audioguides et des documents qui structurent la visite pour les groupes scolaires, les groupes d’adultes et les visiteurs individuels.
Cette première étape permet de replacer le camp de Natzweiler dans la géographie des camps de concentration nazis, en le distinguant des centres d’extermination comme Auschwitz-Birkenau ou Treblinka, et des camps de travail de plus grande échelle comme Buchenwald. Le Struthof est un camp de concentration situé en Alsace annexée de fait, pensé pour briser les résistants européens, avant d’accueillir d’autres catégories de déportés, ce qui en fait un cas particulier dans l’histoire européenne. Visiter Struthof Alsace, c’est donc comprendre la spécificité de ce camp Natzweiler, à la fois par sa taille, sa fonction et son inscription dans le paysage de la vallée de la Bruche.
Après le centre européen, on descend vers l’ancien camp, avec ses baraques reconstituées, son mirador, sa place d’appel et ses bâtiments d’origine, qui donnent une matérialité glaçante aux mots « camp de concentration ». L’exposition permanente dans certaines baraques présente des objets de déportés, des documents d’archives, des cartes et des photographies qui complètent la compréhension du système de concentration Natzweiler. Pour les visiteurs qui ont choisi une visite guidée, le guide aide à lire ces espaces, à distinguer ce qui est d’époque de ce qui a été reconstruit, et à replacer chaque bâtiment dans le quotidien des déportés, en s’appuyant notamment sur les recherches de Robert Steegmann et sur les témoignages conservés par le Mémorial du Struthof.
La chambre à gaz, un moment limite à aborder avec tact
Le point le plus délicat de la visite reste la chambre à gaz, située à quelques kilomètres du camp principal, sur la commune de Natzwiller, le long d’une autre portion de route départementale. Cette chambre à gaz, utilisée pour des expérimentations pseudo-scientifiques sur des déportés, n’a pas la même fonction ni la même échelle que les installations d’extermination de masse d’Auschwitz-Birkenau, et il est essentiel de comprendre cette différence avant de s’y rendre. Les historiens et le Mémorial du Struthof rappellent que le Struthof n’est pas un centre d’extermination industrielle, mais un camp de concentration où les conditions de vie, de travail forcé et de détention entraînaient déjà une mortalité très élevée.
Visiter Struthof Alsace impose donc de distinguer les types de gazages, les échelles de crime et les objectifs poursuivis par les nazis, sans jamais minimiser la violence extrême infligée aux victimes. La décision d’entrer ou non dans la chambre à gaz doit rester personnelle, y compris pour les adolescents à partir de 13 ans, que l’on peut accompagner dans ce moment si un temps de débriefing est prévu ensuite. Pour les groupes scolaires, les enseignants et les médiateurs du Mémorial du Struthof recommandent souvent de préparer ce passage en amont, en expliquant clairement la fonction de ce lieu et en rappelant qu’il s’agit d’un espace de recueillement.
Les ateliers pédagogiques et les visites guidées spécifiques pour les scolaires intègrent cette étape avec prudence, en veillant à ne pas transformer la visite en spectacle macabre. Dans l’ensemble du parcours, la chambre à gaz et le four crématoire rappellent que ce camp de concentration fut un lieu de mort, même s’il ne fut pas un centre d’extermination industrielle comme Auschwitz. Le livre de référence pour approfondir cette histoire reste « Le Struthof, histoire d’un camp nazi » de l’historien Robert Steegmann, qui éclaire la place du camp Natzweiler dans le système concentrationnaire européen. Comparé à Buchenwald ou à d’autres camps, le Struthof se distingue par son implantation en montagne, par la présence d’un centre européen du résistant déporté et par la manière dont la France en a fait un lieu de mémoire nationale.
Venir avec des adolescents, organiser l’après et inscrire la visite dans un voyage
Beaucoup de grands-parents choisissent de visiter Struthof Alsace avec leurs petits-enfants adolescents, pour transmettre une mémoire familiale ou citoyenne. Le Mémorial du Struthof recommande généralement la visite à partir de 13 ans, âge où l’on peut appréhender la notion de camp de concentration, de déporté et de résistant déporté sans être submergé. Pour les groupes scolaires comme pour les familles, l’essentiel est de prévoir un temps de parole après la visite, plutôt que de reprendre immédiatement la route vers une autre activité de tourisme dans la vallée.
Une bonne option consiste à redescendre vers Schirmeck, à quelques kilomètres en contrebas, et à s’asseoir dans un café discret pour laisser retomber la tension, regarder une carte, échanger sur ce qui a été vu, sans se précipiter vers un restaurant gastronomique ou une cave à vin. Dans un voyage plus large dans le Grand Est, on peut articuler cette visite avec d’autres lieux de mémoire, comme le Mémorial d’Alsace-Moselle à Schirmeck ou certains forts de la ligne Maginot, en gardant toujours un temps de respiration entre chaque site. Le Struthof diffère du fort de Joux, par exemple, où se croisent plusieurs mémoires (esclavage, résistances, détention de Toussaint Louverture), alors qu’ici la mémoire de la déportation et du système de concentration Natzweiler reste centrale.
Pour un séjour plus long en Alsace, on peut alterner ces visites de mémoire avec des étapes plus légères, comme une promenade dans les vignes de la route des Vins ou un dîner dans une maison étoilée, en gardant à l’esprit que la région ne se résume pas à ses tables gastronomiques. Un article de référence sur la scène culinaire régionale, comme l’analyse du Guide Michelin et de l’absence de nouvelles étoiles en Alsace publiée sur un site spécialisé du Grand Est, permet de replacer cette visite dans une réflexion plus large sur l’identité alsacienne contemporaine. Entre mémoire des déportés, patrimoine religieux, art nouveau de Nancy et gastronomie de la Champagne, un voyage dans le Grand Est gagne en profondeur lorsqu’il assume ces contrastes plutôt que de les lisser.
Conseils pratiques, rôle des visites guidées et ancrage territorial
Sur le plan pratique, visiter Struthof Alsace demande de vérifier les horaires d’ouverture et de fermeture, qui varient selon les saisons, et de prévoir des vêtements adaptés au climat de montagne. Le site est ouvert une grande partie de l’année, avec un tarif plein modéré, un tarif réduit et la gratuité pour certains groupes (scolaires, anciens combattants, accompagnateurs), ce qui en fait un lieu accessible à la plupart des voyageurs. Les visites guidées, proposées sur réservation, sont particulièrement recommandées pour les groupes scolaires, les groupes d’adultes et les visiteurs qui souhaitent une mise en perspective historique solide.
Le Mémorial du Struthof travaille avec le ministère des Armées et la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, et développe des ressources pédagogiques en ligne ainsi que des événements commémoratifs réguliers. Les visites guidées et les visites libres s’appuient sur des panneaux informatifs, des audioguides et des expositions, qui permettent de comprendre la topographie du camp, le rôle du centre européen du résistant déporté et la place de la vallée de la Bruche dans l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Pour préparer ou prolonger la visite, on peut aussi se tourner vers des guides de voyage spécialisés sur le Grand Est, qui replacent ce lieu de mémoire dans un itinéraire plus large entre Alsace, Champagne et Lorraine.
Les offices de tourisme de la vallée, notamment l’office de tourisme de la vallée de la Bruche, jouent un rôle d’interface entre ce lieu de mémoire et le reste de l’offre culturelle et patrimoniale. Ils peuvent aider à organiser un circuit qui évite de juxtaposer sans nuance le camp de concentration et des activités trop légères, en proposant par exemple une halte au Mémorial d’Alsace-Moselle ou une promenade silencieuse en forêt. Voyager dans le Grand Est, c’est accepter que la beauté des paysages et la richesse gastronomique cohabitent avec ces lieux de souffrance, et que la mémoire des déportés fasse désormais partie intégrante de l’identité européenne de la région.
FAQ sur la visite du Struthof en Alsace
La visite du Struthof convient elle à tous les publics ?
Le site est accessible à tous, mais la charge émotionnelle est forte et la visite est plutôt recommandée à partir de 13 ans. Pour les enfants plus jeunes, il vaut mieux attendre ou se limiter au centre européen du résistant déporté, avec un accompagnement très encadré. Les personnes sensibles peuvent choisir de ne pas entrer dans la chambre à gaz et de rester sur les espaces extérieurs du camp.
Faut il réserver une visite guidée au Struthof ?
La réservation d’une visite guidée est vivement conseillée pour les groupes scolaires et les groupes d’adultes, car elle permet une meilleure compréhension historique. Pour les visiteurs individuels, la visite libre reste possible, mais un audioguide ou un livret explicatif apporte un vrai complément. Les créneaux de visites guidées étant limités, il est prudent de réserver plusieurs semaines à l’avance, en consultant les informations pratiques mises à jour par le Mémorial du Struthof.
Comment se rendre au Struthof depuis la vallée de la Bruche ?
On accède au site par la route départementale 130, en montant depuis Rothau ou Natzwiller, avec un dernier tronçon en lacets. Un véhicule est fortement recommandé, même si des liaisons ponctuelles existent depuis la gare de Rothau, notamment en période de vacances scolaires ou lors de certaines commémorations. Il est préférable d’arriver en avance pour se garer calmement, acheter son billet si nécessaire et commencer la visite sans précipitation.
Peut on prendre des photos dans l’ancien camp de Natzweiler Struthof ?
La prise de vue est autorisée dans la plupart des espaces, mais le Mémorial du Struthof invite à la retenue, en particulier à l’entrée du camp, près du four crématoire et de la chambre à gaz. L’usage des photos doit rester respectueux, sans mise en scène ni pose inappropriée. Beaucoup de visiteurs choisissent d’ailleurs de ne pas photographier certains lieux, pour préserver le caractère intime de leur recueillement.
Quels livres lire pour approfondir l’histoire du Struthof ?
Le principal ouvrage de référence est « Le Struthof, histoire d’un camp nazi » de l’historien Robert Steegmann, qui offre une synthèse très complète, fondée sur les archives et les témoignages. On peut le compléter par des textes de Charlotte Delbo ou de Robert Antelme, qui donnent une dimension littéraire et sensible à l’expérience de la déportation. Ces lectures, faites avant ou après la visite, aident à inscrire le Struthof dans une réflexion plus large sur la mémoire européenne et sur la place de ce camp de concentration dans l’histoire de la Seconde Guerre mondiale.