Route des crêtes dans les Vosges : comprendre la ligne de front
La Route des Crêtes dans les Vosges n’est pas une simple route panoramique. Aménagée par l’armée française à partir de 1914, pendant la Première Guerre mondiale, elle suit la ligne de partage des eaux entre la vallée du Rhin et les vallées lorraines, avec une vocation d’abord militaire avant de devenir un itinéraire emblématique. Sur environ 77 km, cette route d’altitude épouse le relief du massif des Vosges et relie cols, sommets et ballons en balcon au-dessus de l’Alsace.
Le massif vosgien constituait alors un front stratégique, et la Route des Crêtes a été tracée pour faciliter les mouvements de troupes le long des hauteurs, en retrait immédiat de la ligne de front. L’armée française, maître d’ouvrage, a utilisé les techniques de construction de routes de montagne et les équipements du début du XXe siècle pour ouvrir cette voie, aujourd’hui devenue l’un des plus beaux itinéraires routiers de montagne en France. Le résultat est une route des Vosges qui alterne sections forestières, pelouses d’altitude et points de vue dégagés sur la plaine du Rhin et la Forêt Noire.
Sur cette ancienne route militaire, les traces de la guerre mondiale restent visibles, entre cimetières, monuments et vestiges de pistes logistiques. L’itinéraire suit la ligne de crête principale du massif vosgien, avec des passages clés comme le col du Bonhomme (coordonnées approximatives : 48.146° N, 7.071° E), le col de la Schlucht (48.063° N, 7.004° E) ou le col des Bagenelles (48.216° N, 7.131° E), qui structuraient déjà la circulation entre Lorraine et Alsace. Aujourd’hui, la Route des Crêtes dans les Vosges combine mémoire, paysages et gastronomie de montagne dans un même ruban d’asphalte, que l’on parcourt en voiture, à moto ou à vélo.
Itinéraire en deux jours : de Sainte-Marie-aux-Mines au Grand Ballon
Pour un week-end, l’itinéraire le plus cohérent commence souvent à Sainte-Marie-aux-Mines, facilement accessible depuis la vallée du Rhin et les grandes villes du nord-est. On grimpe d’abord par la route du col des Bagenelles, qui offre une première immersion dans le massif des Vosges avant de rejoindre la route des crêtes principale vers le nord puis vers le sud. Comptez environ 30 minutes de conduite entre Sainte-Marie-aux-Mines et le col des Bagenelles, sans arrêt, ce qui permet de se mettre en jambes sans attaquer tout de suite les plus hauts sommets.
Depuis la région de Sainte-Marie-aux-Mines, la route serpente vers le col du Bonhomme, où l’on mesure déjà la bascule entre versant alsacien et versant lorrain. La vallée du Rhin Vosges se dévoile par fenêtres successives, tandis que les routes secondaires mènent vers les lacs glaciaires comme le lac Blanc ou le lac Noir, nichés sous les parois du massif du Hohneck. Prévoyez des arrêts fréquents, car chaque belvédère sur les crêtes propose une lecture différente du relief et des ballons des Vosges, avec des temps de trajet qui dépassent rarement 20 à 30 minutes entre deux points majeurs.
En fin de première journée, visez le secteur du Gazon du Faing et du lac Blanc, idéal pour une courte randonnée au coucher du soleil (boucle d’environ 1 h 30 à 2 h, balisage clair). Le lendemain, la deuxième étape file vers le sud en direction du col de la Schlucht, du sommet du Hohneck puis du Markstein et du Grand Ballon, point culminant du massif des Vosges à 1 424 m d’altitude. Cette progression vers le sud permet de ressentir la continuité des crêtes, avec un enchaînement de cols, de ballons et de vallées suspendues au-dessus de l’Alsace, tout en gardant un temps de conduite global d’environ 3 à 4 heures sur les deux jours.
Lacs, sommets et cols mythiques : le cœur paysager de la Route des Crêtes
Entre le col du Bonhomme et le col de la Schlucht, la Route des Crêtes survole une série de cirques glaciaires où se nichent lacs et tourbières. Le lac Blanc et le lac Noir, accessibles par des routes en lacets depuis la route des crêtes, offrent des panoramas spectaculaires sur la vallée du Rhin et les ballons des Vosges. Ces lacs sont des haltes parfaites pour une courte marche ou un pique-nique avant de remonter vers les crêtes, avec des parkings situés à quelques minutes à pied seulement des rives.
Le secteur du Gazon du Faing et du Tanet Gazon forme un vaste plateau d’altitude, où les chaumes s’ouvrent sur la plaine d’Alsace et la Forêt Noire. Ici, le massif des Vosges se lit comme une succession de lignes douces, ponctuées de rochers et de petits jardins d’altitude, parfois aménagés en véritable jardin d’altitude pédagogique. Les sentiers balisés quittent la route principale pour longer le rebord des falaises au-dessus du lac Blanc, avec des vues plongeantes qui justifient à elles seules le voyage et permettent de varier les points de vue sans difficulté technique majeure.
Plus au sud, le massif du Hohneck domine la Route des Crêtes, avec le sommet du Hohneck qui culmine à plus de 1 300 m et forme un repère visuel constant. Le massif du Hohneck concentre plusieurs pistes de ski et une station de sports d’hiver, mais hors neige, ces pistes deviennent des itinéraires de randonnée faciles d’utilisation, adaptés à la plupart des marcheurs. L’altitude du Hohneck et l’altitude du secteur du Chitelet, voisin, garantissent des températures plus fraîches en été, ce qui en fait un refuge apprécié des citadins en quête d’air et de panoramas dégagés sur la vallée du Rhin.
Ferme-auberge et repas marcaire : l’autre sommet de l’itinéraire
La Route des Crêtes dans les Vosges ne se vit pas seulement par le paysage, mais aussi à table. Plusieurs fermes-auberges historiques jalonnent la route, notamment dans les secteurs du col du Bonhomme, du col de la Schlucht, du Hohneck, du Markstein et du Grand Ballon. Chacune propose le repas marcaire complet, véritable rituel montagnard à prix encore raisonnable, même si les tarifs précis varient selon les établissements et les saisons.
Ce repas marcaire commence en général par une tofaille de pommes de terre, longuement mijotée, suivie de jambon montagnard et de munster fondu servi généreusement. On termine souvent par une tarte aux fruits et un verre de kirsch, pour un budget qui tourne fréquemment autour de vingt-cinq à trente euros par personne, ce qui reste une excellente utilisation de votre pause déjeuner sur la route des crêtes. Entre deux étapes, ces fermes-auberges permettent de ressentir la vie agricole du massif vosgien, loin des clichés de station de ski anonyme, avec parfois la possibilité de visiter l’étable ou la fromagerie attenante.
Autour du Markstein, la station se déploie sur un vaste replat, avec vue sur la vallée du Rhin et les ballons des Vosges du sud. En hiver, les pistes de ski et la luge en station structurent l’activité, mais en saison douce, les mêmes espaces deviennent des points de départ pour des balades familiales, des itinéraires VTT ou des vols en parapente. La présence d’une station au bord de la route des crêtes facilite la logistique, que l’on voyage en voiture, à vélo ou en moto, avec parkings, points d’information et hébergements à proximité immédiate.
Pratique : Hohneck à pied, vélo exigeant et variantes vers le Ballon d’Alsace
Depuis le col de la Schlucht, l’ascension du Hohneck à pied prend environ trente minutes par un sentier bien tracé, avec un dénivelé modéré d’environ 150 m. Ce court effort est largement récompensé par un panorama circulaire sur le massif des Vosges, la vallée du Rhin, la Forêt Noire et, par temps très clair, la chaîne des Alpes. Le sommet du Hohneck devient alors un véritable balcon, où l’on comprend la logique militaire initiale de la route des crêtes et l’intérêt stratégique de ces hauteurs.
Pour les cyclistes, les 77 km de la Route des Crêtes représentent une journée très exigeante, avec un dénivelé positif qui dépasse facilement 1 500 m, voire davantage selon les variantes choisies. Mieux vaut découper l’itinéraire en deux étapes ou combiner certaines sections avec des vallées adjacentes, en utilisant les cols comme portes d’entrée ou de sortie. Le col du Bonhomme, le col des Bagenelles, le col de la Schlucht ou la montée vers le Markstein sont autant de rampes célèbres, souvent empruntées lors d’événements cyclistes organisés chaque année, et appréciées des amateurs de vélo de route et de gravel.
Ceux qui disposent de trois jours peuvent prolonger vers le sud jusqu’au Ballon d’Alsace, en rejoignant la vallée de Saint-Maurice-sur-Moselle par les routes secondaires. Ce détour permet de compléter la série des grands ballons des Vosges et d’explorer un versant plus sauvage, moins fréquenté que le secteur central du massif. Sur le chemin du retour, une halte dans les villages viticoles d’Alsace, en suivant par exemple les conseils d’itinéraires détaillés pour les plus beaux villages d’Alsace, offre un contrepoint urbain et gourmand aux crêtes, avec caves, winstubs et maisons à colombages.
Conseils de saison, météo et mémoire de la guerre mondiale
La Route des Crêtes est généralement ouverte de mai à octobre, mais la neige peut persister longtemps sur les hauteurs. Il est prudent de vérifier l’état de la route avant de partir, car elle est typiquement fermée de la mi-novembre à avril en raison de l’enneigement et des risques de verglas. Les changements de temps sont rapides en altitude, et la proximité de la vallée du Rhin crée parfois des contrastes saisissants entre chaleur en plaine et brouillard sur les crêtes, avec une visibilité qui peut chuter en quelques minutes.
Évitez si possible les week-ends de juillet et août, où la circulation sur la route des crêtes devient dense et les parkings des lacs comme le lac Blanc ou le lac Noir rapidement saturés. Les intersaisons, fin de printemps et début d’automne, offrent une lumière plus douce, des couleurs plus subtiles sur le massif des Vosges et une fréquentation plus supportable. Les jardins d’altitude, les stations au bord des lacs et les belvédères sur les ballons des Vosges se découvrent alors dans une atmosphère plus apaisée, propice aux pauses photo et aux petites randonnées en boucle.
Tout au long de l’itinéraire, des stèles et nécropoles rappellent que cette route a été pensée pour la guerre mondiale avant de devenir un itinéraire touristique. Le contraste entre la douceur des chaumes, la vue sur l’Alsace et la mémoire des combats donne une profondeur particulière à ce voyage, surtout si l’on prend le temps de lire les panneaux explicatifs sur place. On quitte la Route des Crêtes dans les Vosges avec l’impression d’avoir parcouru à la fois un paysage, une frontière et un chapitre entier de l’histoire franco-allemande, entre mémoire, nature et culture montagnarde.
FAQ sur la Route des Crêtes dans les Vosges
La Route des Crêtes est-elle ouverte toute l’année ?
Non, la Route des Crêtes n’est pas ouverte en continu sur l’année. Elle est en général fermée de la mi-novembre à avril en raison de la neige et des risques liés aux conditions hivernales. Il est recommandé de vérifier les conditions de circulation avant tout départ, car des fermetures ponctuelles peuvent aussi intervenir en dehors de cette période, notamment en cas de travaux ou d’épisodes météo violents.
Quelle est la longueur totale de la Route des Crêtes dans les Vosges ?
La Route des Crêtes s’étend sur environ 77 km le long des crêtes du massif vosgien. Ce linéaire permet de relier plusieurs cols et sommets majeurs, du secteur de Sainte-Marie-aux-Mines jusqu’au Grand Ballon. Pour un voyageur, cette distance est idéale pour un itinéraire en deux jours, avec de nombreux arrêts et détours vers les lacs, les belvédères et les fermes-auberges de montagne.
Quels sont les principaux points d’intérêt le long de l’itinéraire ?
Les points d’intérêt majeurs incluent le col du Bonhomme, le col de la Schlucht, le sommet du Hohneck, le Markstein et le Grand Ballon. Les lacs glaciaires comme le lac Blanc et le lac Noir, ainsi que les fermes-auberges proposant le repas marcaire, font aussi partie des incontournables. Les panoramas sur la vallée du Rhin, la Forêt Noire et, par temps clair, les Alpes, complètent cette liste et justifient de multiplier les arrêts photo.
Peut-on parcourir la Route des Crêtes à vélo ?
Oui, la Route des Crêtes se prête très bien au cyclisme, mais elle s’adresse plutôt à des cyclistes entraînés. Les 77 km et le dénivelé cumulé important en font un itinéraire exigeant, surtout si l’on enchaîne plusieurs cols dans la même journée. Beaucoup de cyclistes choisissent de fractionner le parcours en plusieurs tronçons ou de combiner certaines sections avec des vallées adjacentes, en profitant des cols comme points d’accès pour monter ou redescendre vers la plaine.
Combien de temps faut-il prévoir pour un séjour sur la Route des Crêtes ?
Pour un premier séjour, deux jours complets permettent de parcourir l’essentiel de la Route des Crêtes dans de bonnes conditions. Ce format laisse le temps de faire quelques courtes randonnées, de profiter des lacs et de s’arrêter dans plusieurs fermes-auberges. Ceux qui disposent de trois jours peuvent ajouter une incursion vers le Ballon d’Alsace ou quelques villages viticoles d’Alsace en contrebas, afin de compléter l’expérience par une découverte du vignoble et du patrimoine bâti.